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Avec "la cour aux paons", Françoise Bourdon évoque de manière sensible et réaliste la vie d'un petit village du boulonnais au début du xxe siècle, à travers le portrait de deux femmes.
BOUVIGNIES
Je sais un lieu chargé d’images,
De petites histoires aussi,
Où j’ai vécu tout mon jeune âge
Avant d’aller vivre ma vie.
Il s’agit d’un petit village,
Mais grand par la superficie,
Qui a fait mon apprentissage
De joies et chagrins réunis.
Le sol a gardé du vieil âge
Des éclats de silex enfouis.
Un souterrain, secret passage,
Mènerait à une abbaye.
De marquis il fut l’apanage,
Le gisant de l’église le dit,
Ainsi que les murs d’entourage
D’un château à présent détruit.
Dans une montée plutôt sage,
Ici nommée côte d’Orchies,
Une chapelle en grand dommage
Aux vagabonds faisait abri.
Ailleurs, un calvaire dégage
Une ombre sinistre aux impies,
Un bois de justice n’engage
Pas à y flâner sous la pluie.
Car le passé garde un visage
Terrible pour qui s’en soucie,
Quelques sorcières, au Moyen Âge,
Y furent brûlées sans merci.
L’église a tourné la page.
Son clocher qui faisait l’envie,
De trente mètres de faîtage,
Aujourd’hui a bien rétréci.
Il y a toujours des marécages,
Des champs, des forêts, des prairies.
Mais les pavés sous enrobage
De goudron ont été enfouis.
Ils sont partis tous les gens d’âge,
On a agrandi leur logis.
Les rues ont soigné leur visage,
Le village a changé de vie.
Raymond Brienne
« Poussières d’enfance » pages 78 et 79
Editions Publibook.com
18 rue du Faubourg du Temple
75011-Paris

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