Moi fille, toi « Furby », ou des bienfaits du radotage



Lorsque je termine un article sur l’islam, je me demande l’espace d’un instant, avec angoisse : et si un lecteur, après avoir lu mon texte, s’en allait mettre le feu à une mosquée et causait la mort d’un homme ? Ai-je été assez claire pour l’éviter ? Aussi absurde et délirant que serait son raisonnement… il est tant de personnes raisonnant mal et confusément.
Depuis que j’écris sur l’islam, je rappelle les fondamentaux de l’universalisme. J’explique que chaque personne humaine a un rapport particulier avec la culture du pays ou du peuple dont elle issue.
J’explique qu’il ne faut pas prêter aux êtres humains des caractéristiques mentales qui leur seraient « essentielles » et dont ils n’auraient pas la liberté de se distancier grâce à la seule composante universelle de la « nature » humaine universelle qu’est la conscience, grâce à la qualité humaine, universelle même si elle peut être altérée, qu’est la raison.
J’explique qu’un être humain n’a pas, avec la loi, la relation qu’un robot a avec le logiciel commandant ses actions. Moi fille, toi « Furby ». « Furby » : le petit robot en peluche doué d’intelligence artificielle et interactive. Jamais la conscience de Furby ne l’interpellera pour lui faire remettre en question telle ou telle commande de son programme numérique.
Telle personne musulmane décide d’adopter telle norme parmi les commandements de « sa » religion ; c’est sa décision consciente. Telle autre entend que sa conscience lui dicte de ne pas suivre cette norme et décide de suivre sa conscience et non le commandement. Chaque être humain est foncièrement libre de ses choix et n’est responsable que de ses propres choix personnels.
Le pédagogue Ghaleb Bencheikh écrit : « Est fanatique celui qui le veut, et ne l’est pas celui qui le veut aussi. »
Mais même des personnes très intelligentes ont des moments de confusion.
Une intellectuelle féministe me dit qu’il est impossible de nommer « musulmans » les élèves qui refusent de serrer la main de femmes parce que « les désigner ainsi reviendrait également à admettre que cette appartenance conduit inéluctablement à cette attitude. »
Ainsi, selon elle, le seul fait de la nomination d’une « appartenance » vaudrait validation du raisonnement qu’elle tient pour faux, soit « une appartenance conduirait à une attitude ». Confusion entre la reconnaissance de l’existence d’un lien et la reconnaissance d’une force de ce lien qui n’existe pas.
Les juges s’inquiètent que les musulmans soient décrits, selon leur lecture d’un article, comme ayant des « perversions » « consubstantielles au seul fait d’être “nés” musulmans ». Pourtant, évidemment, aucune perversion n’est consubstantielle à ce fait. La leçon à tirer de ce jugement est qu’il faut être des plus clairs. Quitte à radoter.
Je doute qu’aucun lecteur ne vire à l’enragé en me lisant, mais je préfère répéter et répéter encore les raisons de ne pas agir ainsi.


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